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Le schéma de privatisation de Dagris contesté de l’intérieur

Le Tribunal de Grande Instance de Paris saisi par le personnel

(12/04/07) Le dossier de la privatisation de Dagris, ouvert depuis des années maintenant, a progressé de façon assez spectaculaire ces derniers mois, voire ces dernières semaines. Le 23 janvier, l’Etat (qui détient encore 64,7% du capital de l’ancienne Compagnie française pour le développement des fibres textiles (CFDT) devenue en 2003 la société Dagris (Développement des agro-industries du Sud)) annonçait que le processus de privatisation était engagé. Un mois plus tard, le 23 février, le ministère de l’Economie et des Finances déclarait avoir retenu l’offre du consortium ad hoc Sodaco (Société de Développement Africain du Coton et des Oléagineux) composé de Sofiproteol (45%), de la société d’investissement IDI (Institut de Développement Industriel, 45%), d’Antoine Gendry, ancien président du groupe Nord Est (5%) et Patrick Leydet, président de Dopa et d’Uninor en Côte d’Ivoire (5%). Sofiproteol, établissement financier de la filière française des huiles et des protéines végétales, interviendrait en tant que holding financière, M. Gendry serait directeur opérationnel de Dagris et Philippe Tillous Borde, président de Saipol et de Diester Industrie, présiderait le consortium.
« L’engagement de Sofiproteol est, pour Dagris, l’opportunité de bénéficier de son expertise dans la structuration d’outils industriels oléagineux en filière et dans la diversification des débouchés, notamment en matière de non alimentaire  », selon un communiqué de Sofiproteol. « Avec ce projet, Sofiproteol s’implique également davantage dans le développement économique et agricole des pays du Sud, dans une logique de coopération Nord Sud et en lien avec les interprofessions agricoles concernées. »

Dagris vaut 12 millions d’euros

Une opération jugée par le personnel de la rue de Monceau, siège de Dagris, comme « scandaleuse » selon les termes de la « lettre ouverte » adressée le 12 mars par la Délégation du personnel de Dagris au ministre de l’Economie et des Finances, Thierry Breton. Une lettre, à ce jour, restée sans réponse. Plusieurs raisons à ce mécontentement. Tout d’abord, en vue de sa privatisation, la valeur du groupe a été estimée à 12 millions d’euros alors que l’année dernière encore, elle aurait été de 105 millions. Ainsi l’offre de la Sodaco s’élèverait à 7,7 millions d’euros, correspondant à l’achat de la part de l’Etat. Selon le journal français Les Echos, 13 millions d’euros supplémentaires pourraient être versés d’ici 5 ans si la situation financière de la société le permet. Mais ceci ne ferait toujours que quelque 20 millions d’euros alors que la cession de Dagris porte sur la société mais aussi sur son immeuble, au 11 rue de Monceau, dont la valeur atteindrait aujourd’hui à lui seul quelque 35 millions d’euros. Les salariés qui, pour nombre d’entre eux, ont une ancienneté non négligeable et ont une participation au capital du groupe (7%) dans le cadre d’un fonds commun de placement, se considèrent par conséquent lésés au premier chef par la dévalorisation de leur société. Sur ce point financier, Bercy déclare que la valeur de la vente n’a pas encore été arrêtée et donc ne peut prêter à débat.
Pour une grande partie du personnel de Dagris, l’opacité qui règne autour de ce dossier de reprise n’est pas de bon augure. Ainsi, relève-t-il, l’épouse d’Antoine Gendry, ancien président directeur général du groupe Nord Est, est Luce Gendry qui est associée-gérante de la banque Rothschild, l’établissement financier conseil du gouvernement dans ce dossier de privatisation. « On a mis Sofiproteol sur le devant de la scène, mais c’est en réalité IDI et Antoine Gendry qui contrôlent réellement la reprise », souligne-t-on parmi le personnel de Dagris. Ce qui serait très différent, note-t-on rue de Monceau : le repreneur ne serait pas un industriel, encore moins un développeur de filières dans les pays africains, mais un financier.

Quid de l’Afrique ?

D’autre part, à 8 millions d’euros, des sociétés cotonnières africaines qui sont actionnaires de Copaco, le bras commercial de Dagris, et de Sosea, la filiale transport et transit, et qui participent au conseil d’administration de ces deux sociétés, auraient pu faire elles aussi une offre d’achat pour Dagris si le processus de vente avait été plus transparent. Enfin, on peut se demander pourquoi Somdia a été le seul autre groupe intéressé à la reprise de Dagris et pourquoi il a jeté l’éponge.
Aussi la colère gronde-t-elle parmi les salariés de Dagris qui considèrent notamment que leur comité d’entreprise n’a pas tous les éléments en main pour donner « un avis instruit et pondéré » sur ce dossier de reprise comme le veut la loi. Ce même comité d’entreprise qui, le 2 avril, a assigné en référé devant le Tribunal de grande instance de Paris la direction de Dagris, demandant la suspension de la procédure de cession tant que « les repreneurs et l’expert comptable désigné fournissent les informations qui permettraient aux membres du comité d’entreprise de formuler un avis sur la privatisation ». Une décision devrait être rendue le 3 mai.
L’avenir de Dagris est d’une importance majeure pour plusieurs Etats d’Afrique de l’Ouest dont le coton est une source majeure de revenus. Ainsi, au Mali, Dagris détient 25% du capital de la CMDT, la société publique cotonnière. Cette dernière connaît de graves difficultés financières et doit être recapitalisée. Dagris, lors du conseil d’administration de la CMDT le 7 mars dernier, avait annoncé qu’elle ne participerait pas à cette recapitalisation. Le journal malien L’Indépendant s’en est fait l’écho dans son édition du 13 mars dernier, qualifiant le refus de Dagris comme « un coup dur pour le géant malien du textile ». Outre le Mali, Dagris détient dans le coton une participation de 52% dans la Sodefitex au Sénégal, de 56% dans la Socoma au Burkina, de 60% dans Gamcot en Gambie, de 90% de Hasyma à Madagascar, 60% dans Somecoton en Algérie. Au Mozambique, Dagris est à 50/50 dans la SAFP (Sociedade algodoeira franco-portuguesa) qui détient 73,3% de la CNA. Dans le secteur oléagineux, elle a 52% dans la SN Citec au Burkina, 60,9% dans Nioto au Togo, 51% dans Devco au Maroc. Pourtant, rien ne filtre sur la stratégie à venir du groupe à l’égard des filières africaines.
Déjà en décembre 2004 lorsque le Sénat français avait débattu de l’opportunité d’inscrire Dagris parmi les entreprises françaises à privatiser, certains sénateurs avaient fait état de leurs inquiétudes. « Nous nous interrogeons sur les enjeux d’une telle privatisation », avait alors déclaré Jean-Claude Sandrier. « En gardant la main sur Dagris, l’Etat pourrait faire de ce groupe un outil de coopération et de développement. »

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