« Nous rentrons fiers et satisfaits de cette tournée en Europe » déclare le Premier ministre zimbabwéen, Morgan Tsvangirai, à l’issue de sa visite officielle en France
(29/06/2009) Après s’être rendu aux Etats-Unis et dans plusieurs pays européens, le premier ministre zimbabwéen Morgan Tsvangirai achève sa tournée en France. Revenant sur ce long périple, Morgan Tsvangirai a mis l’accent sur les deux principaux objectifs de sa mission. Tout d’abord, il souhaite renouer les relations avec la communauté internationale, car le Zimbabwe se trouve dans une situation précaire d’isolement depuis dix ans. «Nous devons rétablir les relations entre le Zimbabwe et le reste du monde. Nous devons faire à nouveau partie de la communauté des Nations et ne pas être un Etat paria», affirme le Premier ministre. Il s’agit ensuite, dans un second temps, de dépasser l’aide humanitaire et le soutien apporté par la communauté internationale. Le Zimbabwe souhaiterait s’affirmer sur la scène internationale, même si le doute sur la crédibilité du pays persiste. Morgan Tsvangirai a souligné que le pays avait fait un grand pas en avant depuis que son parti, le Mouvement pour le changement démocratique, a formé un gouvernement d’union avec les partisans du président Robert Mugabe, au pouvoir depuis l’indépendance en 1980. Malgré la rivalité qui les a jadis opposés, Tsvangirai et Mugabe travaillent aujourd’hui ensemble. «Il faut regarder vers l’avenir», lance le Premier ministre, car «c’est la meilleure attitude pour le pays». Selon Tsvangirai, les progrès du gouvernement de coalition, en place depuis quatre mois, sont indéniables même s’il y a encore des carences. Le gouvernement a dû s’atteler à la relance d’une économie en ruines, affectée par une inflation galopante, un taux de chômage de 90% et d’importantes pénuries. Le Zimbabwe émerge d’une période de conflits politiques et de désastres économiques. En outre, même si Tsvangirai est conscient de l’inconvénient de la « dollarisation », l’adoption du dollar américain a permis de rétablir les prix. Le premier ministre a aussi évoqué la réouverture d’hôpitaux et d’écoles qui sont selon lui « les premières pierres posées sur l’édifice de la paix ». Le Zimbabwe souhaite redevenir le « grenier à grains » de l’Afrique, car ces dernières années le pays était devenu un « grenier vide . Dans le contexte de la politique d’ouverture agraire lancée il y a dix ans, un audit foncier est lancé et une commission foncière indépendante va être créée. Le but est d’opérer une redistribution équitable des terres, de garantir des titres de propriété, de restaurer les capacités agricoles du Zimbabwe et d’améliorer par là sa production. Morgan Tsvangirai a également insisté sur la nécessité de fournir des engrais pour atteindre l’autosuffisance. Mais Morgan Tsvangirai est formel, il n’a pas effectué cette longue tournée afin de «mendier pour obtenir une grosse somme mais dans l’objectif politique de renouer des liens». Au journaliste qui l’interroge sur les $10 milliards promis, le Premier ministre répond qu’il ne s’agit là que d’une estimation. Cet argent devrait couvrir la construction de chemin de fer, de routes, et permettre au secteur industriel d’occuper une place plus importante. La politique en matière d’investissements a été révisée et le secteur privé va sûrement investir davantage, selon le Premier ministre. D’autre part, la possibilité de recycler la dette du Zimbabwe et la transformer en projets de développement dans le cadre du Club de Paris a été évoquée, mais le pays a encore un passif envers le FMI et la Banque Mondiale. Les attentes du Zimbabwe vis-à-vis de l’Union européenne sont doubles : d’une part, normaliser les relations dans le cadre de l’article 8 de l’accord de Cotonou, et accéder aux fonds pour obtenir des ressources, d’autre part. Cependant, force est de constater que ses trois semaines de tournée n’ont pas été couronnées du succès espéré. Le Premier ministre du Zimbabwe n’a pas convaincu les Occidentaux de relancer leur aide budgétaire à destination de son pays. Les quelques 100 millions d’euros promis jusque-là seront en effet versés aux agences humanitaires et non dans les caisses de l’Etat.